Avec une petite réserve, si on avait un point de chute, une adresse ou une personne, qui pouvait se porter garant pour nous. Je remplis un
document en double exemplaire et Casimir remonta le samedi après midi avec une autorisation de son commandant . Il jubilait.
-Ah! Ah! Tu as vu ça le père Casimir, il a plus d'un tour dans son sac.
J'étais plus heureux que lui, de pouvoir sortir prendre l'air. Depuis presque quatre mois sans sortir l'air des casernements commençait à me peser. J'étais moins démonstratif que lui mais je
l'aurais bien embrassé le camarade Casimir si j'avais osé, je dis.
- Ben oui! J'ai rien compris, il y eu une note de service que le moniteur nous à lu hier soir, nous sommes libres de huit heure à sept heure du soir. Hélas pas beaucoup peuvent sortir car la
plupart ne connaissent personne ici , mais moi j'ai déjà ma perm.
Casimir était hilare et manifesta la démesure de sa jubilation.
- Ah! Je m'en doutais que ça se passerait comme ça , mon commandant connaît le capitaine d'ici, il lui a téléphoné et voilà, c'est pas beau ça.
Il était venu avec une peugeot 203 camionnette rutilante, avec sa bâche kaki, devant laquelle j'étais baba! J'aurais donné je ne sais pas quoi pour conduire une telle voiture, et comme
j'en faisait le tour admiratif, il m'expliqua.
- Dans la semaine je conduis le commandant dans une 203 aussi mais une conduite intérieur avec quatre portes , mais le week-end il la conduit lui même pour balader sa
famille.
par Jean Georges
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Malgré tout, je finissais mon stage avec le sentiment de n'avoir pas perdu tout mon temps . Un examen sanctionna notre séjour, je fus admis
comme brigadier secrétaire avec une petite moyenne de 11,5/20, mais je n'étais pas déçu car une dizaine étaient encore derrière moi dont cinq recalés.
L'avant dernière semaine en plus , un gars que j'avais connu à Saint Jouin qui sortait avec Henriette une copine à Camille, vint me voir un soir. Casimir il s'appelait, il était en Algérie depuis
un an. Il était chauffeur d'un commandant à El Biar, c'était un sacré débrouillard et exubérant au possible, après les effusions des retrouvailles, que l'on eut parlé du pays, de nos fiancées et
nos familles il me dit.
Tu n'aimerais pas venir avec moi dimanche faire un tour en ville. Je te baladerai -même si en ce moment dans Alger,c'est un peu le bordel avec les contrôles un peu partout - j'ai un
laissez-passer et on irait manger dans un bon resto à midi et discuter du bon temps.
Comme je ne pensais pas obtenir de permission de sortie, je lui répondis qu'à mon grand désespoir il ne fallait compter là-dessus que personne n'y comptait, tout en réfléchissant il me dit .
-Peut-être que je peux arranger ça, j'en parle demain matin à mon commandant , je serais étonné que ça ne marche pas.
Sans aucun doute son commandant avait fait le nécessaire, car le vendredi matin le moniteur avait en main une note de service nous autorisant à sortir en ville de huit heure à dix neuf
heure,
par Jean Georges
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Par exemple l'un d'eux demandait à la cantonade.
-Il y a quelqu'un qui parle espagnol ou anglais? ou bien qui habite Paris ?
Au début il y en avait toujours un ou plus qui levait le bras en disant.
-Moi brigadier!
Et l'autre y allait de sa rengaine .
- Ah! Ah! bien cavalier, vous serez de corvée de chiottes demain matin de bonne heure... et! ...et! ... de bonne humeur.
Plus tard ils nous piégeaient plus difficilement, il y avait plusieurs question comme cette dernière , ce qui fait que de temps à autre il y en avait toujours l'un de nous qui se faisait
avoir.
Je n'avais, bien évidemment, jamais pensé devenir dactylo et surtout apprendre cette spécialité dans l'armée. Ce métier, réputé de femme, que beaucoup de filles de la campagne et aussi de la
ville souhaitaient exercer- c'est pour cela que les cours Pigier faisaient fortune - n'était aussi facile qu'il apparait. Beaucoup de ces jeunes filles ne terminaient pas les cours et
abandonnaient en cours de cycle, ou échouaient à l'examen final. Quoique en disaient des gens mal informés, ce métier exigeait aussi quelques aptitudes , notamment en Français , et même en ne
retenant que ce critère, il n'y avait pas énormément de candidates potentiellement aptes. Non pas que les qualités intellectuelles des filles soient ici minimisées , mais souvent celles qui
auraient pu réussir facilement après le BEPC, passaient avec succès des concours pour entrer comme fonctionnaire, soit à la poste, l'éducation nationale, les banques etc... Il existait aussi
quelques écoles spécialisées et aussi les fameuse écoles ménagères, mais hélas, souvent beaucoup de ces demoiselles, ne pouvaient que se diriger vers des métiers manuels comme couturière, femme
de chambre, bonne à tout faire, mais aussi une bonne partie d'entre elles étaient vouées à devenir des épouses mères de famille.
par Jean Georges
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C'était pareil pour bon nombre d'entre nous. Cela s'améliora un peu vers la quatrième semaine, les encouragements de mon voisin , ses
conseils, et mon obstination avaient porté leurs fruits , et à l'issue du stage j'avais tapé presque tout mon bottin. Le plus difficile restait à taper sans faute de frappe, car aucun moyen de
corriger sinon de surcharger, et à la notation chaque erreur qui apparaissait était sanctionnée.
Ceci dit les journées se passaient bien plus tranquille, côté discipline surtout. En dehors des cours de Français de dactylo et de calcul nous avions deux heures de sport par semaine, mais le
soir et le dimanche on pouvait jouer au basket ou au foot sur un petit terrain. Toujours pas de sortie sauf le dimanche ceux qui allaient à la messe dans un camion accompagné d'un sous officier
et et sans sortie en ville. Je trouvais que le temps passais vite dans cet univers studieux pour moi qui, à force de persévérance et de sérieux parvenais à progresser. Il m'est arriver de
regretter de ne pas avoir appris à taper à la machine, les cours Pigier en dispensaient dans chaque ville un peu importante. Ce qui est vrai aussi c'est que lors de mes trois jours à Limoges, un
interrogateur m'avait posé une foule de questions aussi bizarres les unes que les autres dont celle-ci
- A quel endroit souhaiteriez-vous faire votre service et dans quelle arme?
Comme un imbécile j'avais répondu ,en France dans le génie! si j'avais dit que je savais taper à la machine j'aurais eu droit d'aller dans les chasseurs alpins ou la Marine. C'était comme au Lido
les deux autres zazous d'instructeurs ils nous prenaient pour des vrais gogos.
par Jean Georges
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On y accédait par un escalier imposant d'une dizaine de marches, a l'intérieur sur un plancher de bois une trentaine de table de bureau
en formica et chaises pareilles, étaient disposées sur trois rangées. . Sur chaque table une machine à écrire de marque Japy ou Olivetti et une méthode de dactylographie grosse comme un
bottin nous attendaient. Sur le fond de la salle une estrade de quatre ou cinq mètres carrés où trônait un banal bureau devant lequel un moniteur était assis. Il paraissait totalement
blasé, et nous regardait d'un air désabusé. Sur le mur en hauteur derrière lui au dessus de sa tête était dessiné un grand clavier avec l'emplacement de chaque doigt et deux ou trois lignes
en dessous en gros caractères expliquaient l'utilité de certaines touches. Entre quelqu'un comme moi qui n'avait que rarement vu une machine à écire, et mon voisin qui était clerc de notaire
dans le civil, un monde nous séparait, je ne tardais pas à être complètement découragé. Pour corser le système au dessus de notre clavier un cache amovible nous empêchait de voir le clavier et
signes divers mais je trichais abondamment.
La méthode consistait au début à remplir des pages entières de lettres et groupes de signes et d'espacements à savoir: une page de ab une autre de ac pui ad etc.. cela continuait par ba,
bb, bc, etc.. ce qui permettait de s'habituer au clavier et bien sur notre alphabet devenait lentement azert, yuiop, qsdfg etc..
J'avais quand même un mal fou à m'en sortir, à tel point que mon voisin en moins de deux semaines,et en lisant un gros bouquin la moitié du temps, avait tapé toute sa méthode, et moi j'en
étais à peine au tiers. Il me donnait pourtant des conseils et m'encourageais. Je terminais mes journées complètement vidé, lessivé,pire que si j'avais empilé des parpaings pendant 10 heures
d'affiliée .
par Jean Georges
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Beni-Messous
Beni ouioui! ouioui!
Notre " résidence" à Beni-Messous n'avait rien à voir avec le centre d'hussein Dey. J'en franchis le portail le jeudi deux Janvier 1958. Les rares choses qui faisaient penser qu'on entrait
dans une caserne c'était l'inévitable sentinelle et le mat des couleurs qui se trouvait au bout d'un espace goudronné devant l'entrée.Situé sur les hauteurs à l'ouest d'Alger prés d'el biar. De là on apercevait la mer au delà de la pente de la colline où s'étageait des bâtiments et des maisons blanches que l'on devinait à travers les
bosquets de mimosas de tamaris et de pins maritimes. Nous fumes installés dans un dortoir en préfabriqué moderne. Le réfectoire pareil. Notre salles de cours où je pénétrais le vendedi matin
pour la première fois, était un baraquement métallique récent, en forme de tonneau aplati
ALGER vue de Beni Messous
par Jean Georges
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Il est vrai que tout cela me faisait réfléchir, pourquoi une telle indulgence à mon égard? pourquoi j'avais été préservé du pire? comment se
faisait-il que je me retrouve a un poste réputé de planqué. A force de ressasser ces questions, j'entrevis quelques raisons:
-)Lors des tests, pendant mes trois jours à Limoges, à la visite médicale on s'était aperçu que j'étais légèrement daltonien.
2) L'officier de marine que j'avais rencontré un jour au poste de garde, avait fait le nécessaire auprès des autorités avant de me voir ,et n'avait pas voulu se rétracter ensuite.
3) J'étais bon en français et lors des fameux trois jours j'avais aussi fait une dictée où j'étais à peu près sûr d'avoir fait zéro faute. Tout cela avait-il joué en ma faveur? Je n'étais pas
capable d'y répondre. Je ne pouvais pas non plus écarter le hasard mais là aussi j'y croyais encore moins.
Tout cela était assez paradoxal , mais je n'allais pas me plaindre. Je venais de passer deux mois à 30 centimes par jours, quelques paquets de cigarettes, ce qui n'était pas trop
réjouissant, mais pour la suite j'étais certain d'avoir évité le pire.
ooooOooo
par Jean Georges
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De plus, je n'étais pas assez motivé pour venger qui que ce soit à ce moment là ( je n'avais pas côtoyé la guerre) et aussi je n'étais
préparé pour tirer sur des gars, aussi sauvages soient-ils, qui à ce moment là ne m'avaient rien fait , et aussi je pensais qu'ils défendaient une cause qui me paraissait juste.
Pourtant au centre d'instruction, ce n'était pas que nos supérieurs ne fassent pas tout pour nous conditionner à haïr ces gens là en général d'abord en leur attribuant des noms comme :
terroriste, fellouses ( fellagas) bougnouls, bicots etc... , classant tous les habitants, dits arabes, de ce pays comme des attardés des barbares. Il faut imaginer après cela l'état d'esprit de
la plupart d'entre nous qui, après avoir lu dans la presse, depuis plusieurs années ou entendu à la radio les échos d'une guerre inavouées, avoir côtoyé ou vu des gens en métropole, dont le
voisin , ou le fils avait été tué ou blessé, il n'était pas surprenant que des esprits un peu guerriers aient envie d'en découdre. Il y avait aussi des informations qui circulaient sur des actes
de barbarie de la part des rebelles lors d'embuscades meurtrières perpétrées dans les gorges de Palestro ou d'ailleurs, souvent amplifiées par la rumeur, ainsi que d'autres assassinats ou
exactions où des appelés se faisaient égorger ou couper les "roubignols " comme des gorets. Tout cela faisait monter des velléités vengeresses que des unités de légionnaires et de paras
entretenait en semant aussi la terreur ou la mort lors d'opérations de ratissage ou de représailles dans les douars des Aurés ou de Kabylie . Bref! Tout cela ne me plaisait nullement et je
n'étais pas fâché de pouvoir y échapper.
par Jean Georges
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Quand ce fut terminé, j'étais à peu prés sûr d'avoir fait zéro faute. Il est vrai que grâce à mon instituteur à l'école primaire et un
excellent professeur de Français au collège technique, ainsi qu'une bonne mémoire, j'étais plutôt bon en français , c'est pourquoi ce soir là je dormis tranquille.
Enfin le vingt huit décembre on nous annonça que le deux janvier 1958, je serais conduit avec vingt neuf autres au centre de formation des secrétaires dactylos à Beni-Messous pour un stage de
deux mois.
Ce premier janvier cinquante huit fut fêté comme Noël et là, heureux de ma nouvelle affectation, je laissais aller, et grace au colis de Camille et aussi comme à Noël d'associations diverses,
j'abusais un peu d'une demi bouteille de cognac, et j'en récoltais n beau mal de crane que l'aspirine eu du mal à dissiper le lendemain.
J'eus le temps le lendemain de songer à ce qui m'arrivais. Ho! J'aurais préféré et de loin de pouvoir rentrer au bercail et vivre ma vie avec Camille, mais plus je me rapprochais de mon
départ pour ce stage, plus je me disais que j'avais échappé au pire. Tout d'abord j'apprendrai quelque chose d'interessant, ensuite j'avais des chances de rester sur Alger ou dans un bureau, en
tous cas d'augmenter mes chances de ne pas me faire tirer dessus. Je ne pense pas que j'étais plus trouillard que la plupart d'entre nous, mais j'ai aussi connu des téméraires qui quand ils
avaient eu un vrai baptême du feu comme ils le souhaitaient n'avaient plus envie d'une confirmation.
par Jean Georges
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Il est super! dommage ç'est une fleur
ephémère!
par Jean Georges
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