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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 16:59

Voci un passage des "mémoires d'un spahi"  ' livre de 215 pages consultable sur le site Calaméo  ( tapez Spahi) - C'était en Mars 1958 à Aumale en Kabylie - j'y étais comme appelé du contingent.

 

Tiens pour te changer les idées, comme c'est dimanche, cet après midi on ira boire un coup en ville et après on passera au bordel voir s'il y a quelques nouvelles recrues, Putain! Moi il faut que je baise sinon ça ne va pas, t'a bien cinq cent francs.
- Oui! Oui! J'ai bien cinq cent balles, mais tu sais le boxon c'est pas trop mon truc! Enfin j'irais avec toi mais je ne garantis pas que je consomme .
Il se mit à rire, et son air dédaigneux me confirma ce que je pensais, il dit goguenard;
- C'est vrai qu'elles sont pas terribles les gonzesses là-dedans, mais il y en une ou deux qui vont bien quand même.
Vers deux heures de l'après midi nous voilà partis, Albert était pressé, moi beaucoup moins. J'essayais de retarder l'heure de vérité mais on approchait du lieux de supplice, et je lui dis.
- On va boire un coup, il est où ton bistrot.
- Non! Non! On arrive, je te paye un coup après. Merde il y a déjà la queue!
En effet une douzaine  de soldats de toutes sortes et quelques civils étaient là à la queue leu leu, plusieurs d'entre eux avaient leur arme en bandoulière et discutaient en rigolant tout en tapant du pied pour se réchauffer. Je pris place derrière Albert, la queue diminua rapidement et je ne pus m'empêcher de dire en riant.
- Çà va vite dis donc! ils font ça comme les lapins les mecs!
- Tu parles! C'est l'usine là-dedans, mais il doit y en avoir une deux de plus, ça dégage pas si vite d'habitude.

Nous étions arrivés devant " l'établissement", il était constitué d'un genre de hall d'entrée  en planches , qui avait dût être rajouté à un bâtiment en dur couvert de tôles ondulées. J'étais toujours derrière mon copain qui tendait un billet de cinq cent francs à une  femme horrible et sans âge qui tenait la caisse. Elle était assise derrière une petite table bancale qui lui servait de comptoir et Albert lui demanda.
- Mon copain n'a pas l'habitude, il voudrait voir les filles avant .
La " maquerelle" n'avait pas l'air de comprendre, ou faisait semblant, mais elle répondit en gesticulant.
- Toi t'y connais bien, alors pourquoi voir?  Allez d'accord mais fissa!
Je passais devant la sorcière, je trouvais qu'elle sentais pas bon, malgré un maquillage digne d'un clown, et ses cheveux gominés genre squaw apache des westerns américains. Son décolleté, malgré le froid, descendait jusqu'au nombril donnant un aperçu de sa poitrine qui ressemblait davantage à des oreilles de cocker qu'à des nichons, entre lesquels dégoulinait un pendentif de quatre sous. Par dessus tout cela pendouillait un sautoir qui faisait un bruit de ferraille quand elle gesticulait et remuait le haut du corps. J'avançais de deux ou trois pas en tirant sur un rideau sans couleur, mal accroché à une tringle pliant sous le poids ainsi qu'au gré des manipulations de chaque "visiteur". Devant moi se trouvait un large couloir avec, sur la droite, un canapé aux sièges et dossier râpés et deux chaises sur lesquelles deux" filles "étaient assises. Sur la gauche et au fond six box dont quatre étaient fermés d'un rideau rouge sur lesquels on voyait la trame par endroits. J'étais figé devant les deux "nénettes " en même temps que j'entendais bien, sans le vouloir ce qui se passait derrière l'un des rideaux le plus proche de moi.

Je regardais les deux filles  qui n'avaient vraiment rien d'un tant soi peu attirant. Elles étaient moins âgées que la "maquerelle" de l'entrée mais, même maquillage tapageur, rouge à lèvres repassé par dessus le précédent et débordant de toutes part.Elles étaient engoncées dans des peignoirs  roses bonbons, moitié ouverts et l'encolure ornée d'un "boa" rouge déplumé. L'ensemble pas très propre, dont quelques tâches ne laissaient  aucun doute quant à leur provenance. A mon approche l'une d'elle s'était levée,elle dégageait un parfum de patchouli mêlé de sueur et me demanda avec un fort accent du pays.
- T'y viens beau soldat, t'y veux l'amour, ou pipe c'est comme t'y veux.
J'étais pétrifié, faire l'amour avec ça c'était la panne assurée malgré mon sevrage féminin depuis quatre mois. J'étais totalement incapable d'aller plus loin, l'envie de vomir me prit, je toussais deux fois pour me retenir et tournais les talons devant les deux filles médusées et je murmurais.
- Euh! Non merci! Une autre fois peut-être, au revoir!
Quand je passais devant la "sorcière" en sortant sans demander mon reste, elle me fusilla du regard et se mit à gueuler.
- Alors t'y veux pas mon gars, toi t'y a les moyens , t'y veux de la belle pépée! ici il n'y en à pas! nadine bébek, foute le camp, allez un autre! Toi là-bas avance.

Dehors, Albert n'était pas sorti, je m éloignais un peu du groupe et allumais une cigarette en reprenant un peu mes esprits. Il me sembla que les autres me regardaient bizarrement, mais ce n'était peut-être qu'une idée. De toute façon, j'étais tellement content de m'être tiré de ce guêpier, que je me moquais éperdument de ce que pensaient les autres. Il est vrai que ce genre d'établissement ne m'avait jamais attiré, déjà dans le civil je n'avais jamais franchi la porte d'un bobinard où de jolies filles auraient put me tenter. En fait je pensais que je n'aurais pas de mal à expliquer à Albert de n'y être pas allé, car si les filles avaient été avenantes, je me serais trouvé un peu gêné, et j'aurais put passer à ses yeux, pour un être un peu ambigu.
Mon copain ressorti quelques minutes plus tard, pas plus réjoui que cela. Je trouvais qu'il avait vite expédié son affaire et lui demandais.
- Alors ça va mieux!
En remontant un peu son pantalon et s'arrangeant le reste tant bien que mal il me dit.
- Ouais! Ca dégage! Mais là-dedans ça devient un vrai boui-boui, putain faut en avoir envie. et finalement tu t'es dégonflé et tu as eu raison c'est vraiment dégueulasse.
Ah! oui! je n'ai pas pu, je ne sais pas faire ça.
Avant de rentrer je payais une bière à Albert dans un bistrot tenu par un breton de Concarneau, tatoué de partout. A mon avis pour être venu s'enterrer dans ce trou, il avec les évenements, il ne devait pas avoir la conscience bien nette.
.../...

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Published by Jean Georges - dans ecrire
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