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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 20:57

j'avais enfin trouvé, une bonne entreprise, un bon salaire, une fiancée etc... Cette liberté était soudain brisée, pour plusieurs mois, voir plusieurs années, à partir du moment où j'aurais mis les pieds sur ce bateau de malheur.
L'embarquement commença sans aucun discours ni recommandations. Les rangs de nos "gardiens" s'étaient resserrés et sur une quinzaine de mètres avant les passerelles de part et d'autres, aucun d'entre nous ne risquait de s'échapper car entre chaque soldats en arme,qui avait l'air de prendre son rôle très au sérieux,  ne subsistait qu'un tout petit intervalle. A ce sujet il faut savoir que quelques mois plutôt, à Marseille, les rappelés avaient malmené le service d'ordre , nécessitant l'intervention, de deux compagnies de CRS, mais ici ceux qui embarquaient ne savait pas trop ce qui les attendait, alors comme moi ils ruminaient leur rancoeur, et leur chagrin et fermaient leur"gueule" comme de bons futurs petits soldats.
Quand j'arrivais en haut de la passerelle, derrière la porte un gradé nous disait
- Vous allez à droite et au bout de la coursive, sur le palier, vous descendez l'escalier et en bas vous vous installez sur les chaises longues.
Je suivais le gars qui était devant moi dans un état un peu second, perdu dans mes pensées, et j'arrivais avec les autres dans un espace de plusieurs centaines de mètres carrés sans cloisons, seule une trame de poteaux métalliques quadrillait cet espèce de cale et sous un plafond très bas courraient une multitude de tuyaux et cables de toutes sortes.

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 20:25

                       Chapitre 5

                     Le bateau ivre
  

 Maintenant nous étions tous alignés devant l'imposant paquebot en retrait d'une vingtaine de mètres sur toute sa longueur et sur une dizaine de rangs. Un petit calcul mental me convainc que nous étions certainement entre mille deux cent et mille cinq cent recrues sur l'esplanade. Nous eûmes enfin droit à une distribution de rations de combat, un quart de vin et de l'eau que l'on pouvait puiser à plusieurs robinet installés sur le port. Chacun s'assit comme il pût sur sa valise ou à terre pour déguster sa boite de corned-beef, se biscuits du soldat,et son triangle de "vache qui rit", mais bon, c'était mieux que rien, c'est ce que je me dis.
jusque là, depuis mon départ, j'avais été plutôt fataliste me disant "tu n'es pas tout seul, tu verras du pays etc"... mais à ce moment là il me prit un sentiment de révolte, de peur aussi imaginant le pire dans ce pays hostile. Les larmes de rage me vinrent aux yeux, incapables de me retenir. Je venais de réaliser que ma liberté que j'avais eu tant de mal à gagner pendant ces trois dernières années, s'envolait d'un coup. C'est vrai qu'après m'être sorti de trois années d'internat, où la discipline sans être draconienne n'était pas laxiste non plus, d'avoir échappé au joug familial de mon père surtout qui ne m'avait jamais fait confiance, ensuite mes premières galères à Linard et à Limoges.             

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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 23:08

C'est le vrai bateau que j'ai pris en 1957 destination ALGER . La photo n'est pas terrible mais je n'ai pas mieux.
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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 22:47

Mon attention se reporta sur cet énorme paquebot, j'avais du mal à croire que de tels bateaux puissent exister et surtout tenir sur l'eau, je n'avais jamais vu de chose aussi monstrueuse. A l'école et vu sur des images que le paquebot" Normandie" lancé vingt quatre ans plus tôt était le plus gros du monde, mais dans mon esprit d'écolier, ma vision d'une photo ne m'avait pas préparé à voir pareil monstre en vrai, et il était approximativement plus de deux fois plus petit que le "Normandie". En tous cas celui-ci sur ses flancs vers la proue, je pus lire en grosses lettres majuscules " PRESIDENT DE CASALET" Marseille. Il occupait pratiquement toute la longueur du quai où aucun autre bateau n'était amarré. De puissantes amarres grosses comme le bras, fixaient solidement le monstre, aux anneaux et bites d'amarrage en acier, par des noeuds savants. Deux passerelles, équipées de garde fou, partaient du quai et pénétraient dans deux ouvertures aménagées dans la coque au dessus de la ligne de flottaison, ce qui leur donnait une inclinaison importante. L'ensemble oscillait mollement au gré d'un houle que l'on percevait de plus en plus importante en arrivant sur les flancs du navire. 

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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 22:11

Nous étions arrivés " au bon port!"et à bon port! Déjà un bon nombre de militaires à pied et armés, se mettaient en place pour nous accueillir, nous étions attendus. Deux jeeps, avec des soldats armés étaient postés sur notre gauche, et enfin au fond sur la droite un engin blindé, canon relevé , mais la mitrailleuse sur la tourelle pointait bien son canon vers nous. Les soldats à pied, au moins une cinquantaine, s'étaient disposés sur deux rangs. Partant de la tête et la queue du convoi ils se rejoignaient en un large entonnoir, vers un énorme bateau noir amarré au quai qui jouxtait l'esplanade.
J'étais descendu de mon wagon et suivait le mouvement. Nous étions par rangs de trois, marchant à petits pas en file indienne. On approchait du monstre noir qui, au fur et à mesure que j'avançais, paraissait de plus en plus démesuré.
Bien que nous soyons en Novembre, bizarrement il faisait très doux, Malgré que le soleil soit un peu pâlot, et encore pas très haut dans le ciel, il réchauffait bien l'atmosphère, dans cette baie, formant presque un port naturel entouré de montagnes arides. Quelques nuages vaporeux s'effilochaient vers le sud, mais ne risquaient pas d'empêcher la diffusion d'une éclatante lumière naturelle, amplifiée par les reflets du soleil sur la mer, qui contre toute attente, paraissait un peu forte, faisant tanguer au passage de la houle, les nombreuse barques de pêche équipées de "lamparos" et éclaboussant d'écume les enrochements du port.

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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 21:31

Quand, le train, qui avait ralenti, arriva en gare de Collioure je me souvins de ma carte de géographie et je regardais mon voisin, voulant lui faire savoir que je n'étais pas plus ignare que lui et lui dit.
- Je sais parfaitement où on est, après Collioure c'est Port Vendres c'est presque à la frontière Espagnole ensuite il n'y a que Banyuls avant la frontière.
Il détourna un peu la conversation en disant.
- Putain! tu n'as pas faim toi, je n'ai pas trouvé de casse croûte à Toulouse, je donnerais cher pour un café et croissant, il fait presque jour, c'est l'heure à laquelle je me lève habituellement.
Bien sûr que moi aussi j'aurais bien bu un café, mais je ne relevais pas, je regardais un soleil laiteux, se lever à travers une légère brume, et pensais surtout à cette journée du 6 novembre qui commençait, hier je me sentais encore un peu libre, (quoique)  mais à partir d'aujourd'hui, plus rien ne serais pareil pendant longtemps. Le train devenait un vrai tortillard, sur cette voie tantôt surplombant la mer, tantôt parcourant de petites vallées plantées d'oliviers et de vignes décharnées, s'enfonçant ensuite entre deux parois rocheuses , puis longeant un maquis aride et escarpé. Je commençais enfin d'apercevoir les premières habitations de la ville. Maintenant le convoi roulait lentement sur une voie qui me parut en mauvais état, un peu comme à notre départ de bordeaux. On sentait qu'on approchait d'une zone portuaire, la mer était tout près et j'avais repéré un petit chantier naval et deux petites conserveries d'anchois - je dis cela car j'avais lu les enseignes sur les murs des établissements-. Le port apparu enfin sur la gauche du train qui stoppa devant une esplanade assez vaste, à grand bruit de tampons.

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 22:48

la lune qui s'était levée éclairait par moment le paysage, je regardais ma montre il était près de sept heures, je me mis debout, m'étirais, j'était frigorifié. Je passais dans le couloir continuant ma gymnastique en me battant les flancs. Un grand gars debout face à la vitre tourna la tête à mon arrivée et me dit.
- On dirait que tu n'as pas chaud!
Je ne l'entendis qu'à moitié, et lui répondis en regardant dehors.
- Ouais! tu sais où on est là?
- On vient juste de passer Perpignan, on s'est arrêtés il y a deux minute pour laisser passer une micheline , tiens regarde, on voit la mer!
L'arrêt, c'est sans doute ce qui m'avait réveillé, en effet par moments la lune se reflétait sur une étendue d'eau qu'on apercevait par intermittence, et je sentais aussi l'air marin qui avait pénétré dans le wagon. En même temps je réfléchissais et me parlant à moi même a haute voix je dis bêtement.
- Je comprends pas, où on va par là, Perpignan c'est pas la route de Marseille !
- Attends! A Toulouse il y a un gars qui a discuté avec un bidasse sur le quai, ils devaient se connaître, il lui aurait dit qu'on embarquait à Port Vendres.
Je recupérais ma valise, sortis le restant du paquet de petits beurres en bavardant avec le grand, en croquais quelques uns et en offrant  a mon interlocuteur. Je bus un bonne rasade à ma gourde et attendant mieux j'allumais m première cigarette de la journée.
Géographiquement, je savais à peu près où je me trouvais, je situais bien Perpignan, mais j'étais pas trop sûr pour après, sauf que Port Vendres se trouvait prés de la frontière Espagnole .

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 22:01

On avançait tout de même, et je fus un peu surpris de rentrer en gare de Toulouse vers neuf heurs du soir . Là l'arrêt dura presque deux heures, plusieurs wagons furent rajoutés au convoi pour embarquer bon nombre de conscrits que j'avais aperçus en arrivant le long de la voie. Je pus descendre sur le quai acheter des gauloises , un paquet de petits beurres et un soda que vendait un marchand ambulant qui faisait des affaires en longeant le train d'un bout à l'autre. Camille m'avait mis un petit en cas dans ma valise, je me restaurais et après ce petit réveillon je me sentis tout de suite mieux, tant que j'étais en bas j'en avait profité pour pisser un coup entre deux wagons, et je me dis que je tiendrais bien le coup jusqu'au matin.
Peu après minuit le convoi s'ébranla à nouveau mais ne prenant pas davantage de vitesse, il s'arrêtait plus rarement qu'au début , mais je pensais que si on allait à cette vitesse à Marseille on était pas encore arrivés.
J'avais repris ma place au fond du compartiment, un des occupants qui était prés de moi avait laissé sa place côté vitre , j'enfilai un pull sous ma veste et me recroquevillais dans mon coin. Je dus m'endormir vers deux heures du matin, j'avais encore ruminé pendant plus d'une heure mes souvenirs de ces trois années, et bercé par le train , la fatigue aidant , je m'étais d'abord assoupi et enfin endormi lourdement. Je crus tout d'abord que c'était un arrêt qui m'avais réveillé, en réalité c'était un ralentissement. J'ouvris les yeux et jetais un coup d'oeil à travers la vitre, il faisait toujours nuit.
 

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 21:18

                        Chapitre 4

                   Le train de nuit ( sans filles à soldats)

Vers quatre heures, je me demandais si on allait bientôt partir, quand des militaires par groupe de deux montèrent dans les voitures avec leurs listes un peu froissées, nous demandant notre nom et le cochant au fur et à mesure. Le temps me durait un peu et je descendis me dégourdir les jambes et remplir ma gourde, j'avais posé ma valise à ma place et la retrouvait quand je remontais. Bizarrement, peu de conscrits parlaient bruyamment, la plupart d'entre nous essayaient de dormir un pêu en ruminant son désarroi et son inquiétude, en pensant à sa famille, sa chérie ou ses amis. Il semblait que l'époque où les conscrits partaient la fleur au fusil était révolue, en tous cas dans ce train je n'entendis pas chanter le chant du départ ou la Marseillaise.
Enfin, aux environs de cinq heures du soir, aprés deux ou trois coups d'avertisseur venant de la motrice, le convoi s'ébranla lentement en cahotant sur les rails de manoeuvre. Je fus un peu ému sur le coup, mais aussi soulagé, car au moins on bougeait. Notre périple commença, ne nous laissant guère apprécier le paysage car, en cette période de l'année, la nuit tombait rapidement, la fraîcheur aussi, d'autant qu'une porte du wagon battait la chamade laissant entrer un courant d'air pas chaud du tout. Un petit malin ferma cette porte un peu plus tard avec une ficelle.
Le train ne roulait pas à plus de soixante kilomètres heure, il s'arrêtait fréquement au début de parcours sur des voies de garage, le termps de laisser passer les trains de civils.

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 20:41

pour arriver à destination. Enfin à pied d'oeuvre, une enfilade de wagons qui avaient dût faire la guerre de quatorze, nous attendaient. Cela me fit penser en plus grand au tacot " le transcorrézien " qu'on pouvait voir en gare de Tulle quelques années plus tôt. Ce décor, avec le quai bordé d'herbes folles, les traverses et le ballast maculés de déchets divers et de feuilles mortes, plus l'archaïsme de ce train, aurait put inspirer un metteur en scène de film noir ou de western. En même temps le nombre de wagons me parut interminable, on distinguai à peine la locomotive là-bas à l'amorce de la courbe de la voie. Dans le début de l'après midi d'autres groupes de recrues moins important, vinrent nous rejoindre, et ce fut un bon millier d'hommes qui embarqua dans les wagons en milieu de l'aprés midi. Celui où je montais me confirma bien que c'était au mieux un troisième classe des années trente. Les sièges en bois, dans les compartiments souvent sans porte, étaient en mauvais état, soit cassés, ou une latte arrachée, quelques vitres coté couloir étaient fissurées, d'autres baissées ne remontaient pas. Une voiture sur deux était équipée d'un WC immonde sans chasse d'eau, d'où l'on apercevait le ballast par le trou en chute directe sur l'extérieur, avec une porte qui ne fermait qu'à coups de pieds. Bref cela nous promettait un voyage confortable.
A part cela, chacun trouva une place pour s'asseoir et ranger ses affaires sous le siege ou sur ce qui restait de support à bagages. Vers deux heures on nous avait remis notre boite de ration, avec une musette contenant une gourde, des couverts et un quart en aluminium, nous avions eu droit a un quart de vin, et une citerne d'eau potable nous permit de boire et remplir nos bidons.

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