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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 22:06

Non loin de Bouira dans la vallée, la température avait drôlement changé, il régnait ici une douceur presque printanière, laissant éclater les premiers bourgeons, enjolivant ce paysage de verdure , de fleurs d'arbres fruitiers et de mimosas, dans les jardins des premières habitations.
Après un bref arrêt dans une caserne de transit, une escorte, composée d'un command car avec quatre hommes armés et une jeep avec un adjudant et un chauffeur, nous attendaient. Les autres aussi, leurs escortes prenaient en charges les destinataires d'autres unités du secteur. Notre petit groupe prit rapidement la route de Miliana et, le village de Berville, lieu de notre destination, qui fut atteint rapidement. Le convoi quitta la route nationale et, après avoir viré à droite sur une large allée empierrée et en impasse je franchis mon nouveau cantonnement du 3° escadron. C'était une ferme abandonnée, sûrement par une famille de "pieds noirs" qui avait eu la sagesse de regagner la métropole , volontairement, avant d'y être contrainte. L'allée  entre deux haies  de troènes et de lauriers roses, était plantée de plusieurs Catalpas ( arbres à ramures étalées et larges feuilles" qui jalonnaient et recouvraient partiellement le chemin. Comme toutes les casernes ici, l'entrée de la ferme était équipée d'un système de "chevaux de frises" amovibles, hérissées de fil de fer barbelés, ouvert de jour mais fermé la nuit, qui donnait à l'ensemble un léger sentiment de sécurité. On entrait dans une cour assez étendue, cernée par un ensemble de bâtiments mal entretenus. A gauche une maison d'habitation, avec un toit en terrasse surmontant des murs en dur sur lesquels, le ravalement blanc cassé , s'écaillait de toutes parts.et de fortes grilles de défense un peu rouillées bardaient plusieurs ouvertures. 

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 21:35

Cela faisait près d'une semaine que nous tournions en rond, dans une caserne qui ne serait pas la nôtre, il me tardait de savoir à quelle sauce j'allais être mangé au 3° escadron.
Le chauffeur du véhicule, un rouquin balèze, l'air roublard et dégourdi nous aida à charger et vint se garer prés de la sortie, attendant les autres. A coté de lui un, brigadier était assis et attendait aussi que ça se passe en feuilletant une revue. La pluie avait cessé et la douceur de l'air s'intensifiait, faisant fondre la neige à vue d'oeil. Le petit camion était découvert è l'arrière et Durand le chauffeur nous conseilla.
- Mettez vous à l'abri au fond et couvrez vous, car s'il ne fait pas froid en bas, ici, ça se sent qu'on est à plus de mille mètres d'altitude.
Un GMC, puis deux autres quatre quatre avec le reste de la chambrée se rangèrent derrière nous, ensuite un EBR passa devant nous pour nous " ouvrir la route ".
Le convoi s'ébranla enfin sur la route de Bouira, celle par laquelle nous étions arrivés, la neige fondante créait de nombreuses flaques d'eau, sur les inégalités du revêtement et des nombreux "nids de poule" , d'où l'eau giclait au passage des véhicules, mais au moins la route était praticable. Sur les accotements il restait encore de la neige , mais le paysage, les arbres et les bosquets se distinguaient plus nettement qu'à l'aller. La descente vers Bouira s'effectua sans encombres, la neige disparaissait au fur et à mesure que nous descendions, pour ne plus exister à la mi-pente, faisant ressortir , d'une façon plus contrastée, le massif enneigé du Djurdjura, qui s'étendait vers l'est sur notre droite.

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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 22:42

Quand il parlait de sa Bretagne il avait la nostalgie de son pays et, quand naïvement je lui demandais, comment il avait atterri ici, il ne répondit pas et devint un pâle et détourna la conversation en nous racontant une histoire de bonnes soeurs, bretonnes bien sûr, à ne pas faire entendre aux oreilles des jeunes filles.
Je pris le temps comme chaque soir d'écrire un petit mot à Camille et m'endormis du sommeil du juste, en attendant le lendemain pour un,e nouvelle vie au 3° escadron quelque part du côté de Bouira.
Ce lundi matin, la température avait remonté de quelques degrés. Une pluie fine tombait incessante sur les passages piétons une "gadoue" se formait rapidement aux gravillons que les hommes piétinaient à chaque passage. La neige fondante sur les abords et sous les gouttières, commençait à ressembler à de vieux chiffons écrus, percés par de grosses mites. Je restais à l'abri dans le baraquement à bavarder avec les autres en attendant que l'on vienne nous chercher. Nous étions trois pour le 3° escadron et une bonne douzaine pour d'autres unités.
Je commençais à désespérer, et me demandais si on ne nous avait pas oubliés. Vers onze heures, enfin, un gars passa la tête par la porte entrouverte et cria sans ménagement s'adressant à moi.
- La bleusaille pour le 3° escadron, c'est vous là? Allez dépêchez-vous, les autres aussi car vos chauffeurs arrivent.
.On nous avait donné un paquetage énorme , un fusil MAS 36, un casque lourd, plus nos petites affaires personnelles , emporter le tout à trente mètres, constituait un effort considérable que je fis bien volontiers.


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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 22:43

Dehors, Albert n'était pas sorti, je m éloignais un peu du groupe et allumais une cigarette en reprenant un peu mes esprit. Il me sembla que les autres me regardaient bizarrement, mais ce n'était peut-être qu'une idée. De toute façon, j'étais tellement content de m'être tiré de ce guêpier, que je me moquais éperdument de ce que pensaient les autres. Il est vrai que ce genre d'établissement ne m'avait jamais attiré, déjà dans le civil je n'avais jamais franchi la porte d'un bobinard où de jolies filles auraient put me tenter. En fait je pensais que je n'aurais pas de mal à expliquer à Albert de n'y être pas allé, car si les filles avaient été avenantes, je me serais trouvé un peu gêné, et j'aurais put passer à ses yeux, pour un être un peu ambigu.
Mon copain ressorti quelques minutes plus tard, pas plus réjoui que cela. Je trouvais qu'il avait vite expédié son affaire et lui demandais.
- Alors ça va mieux!
En remontant un peu son pantalon et s'arrangeant le reste tant bien que mal il me dit.
- Ouais! Ca dégage! Mais là-dedans ça devient un vrai boui-boui, putain faut en avoir envie. et finalement tu t'es dégonflé et tu as eu raison c'est vraiment dégueulasse.
Ah! oui! je n'ai pas pu, je ne sais pas faire ça.
Avant de rentrer je payais une bière à Albert dans un bistrot tenu par un breton de Concarneau, tatoué de partout. A mon avis pour être venu s'enterrer dans ce trou, il avec les évenements, il ne devait pas avoir la conscience bien nette.

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 22:20
Je regardais les deux filles  qui n'avaient vraiment rien d'un tant soi peu attirant. Elles étaient moins âgées que la "maquerelle" de l'entrée mais, même maquillage tapageur, rouge à lèvres repassé par dessus le précédent et débordant de toutes part.Elles étaient engoncées dans des peignoirs  roses bonbons, moitié ouverts et l'encolure ornée d'un "boa" rouge déplumé. L'ensemble pas très propre, dont quelques tâches ne laissaient  aucun doute quant à leur provenance. A mon approche l'une d'elle s'était levée,elle dégageait un parfum de patchouli mêlé de sueur et me demanda avec un fort accent du pays.
- T'y viens beau soldat, t'y veux l'amour, ou pipe c'est comme t'y veux.
J'étais pétrifié, faire l'amour avec ça c'était la panne assurée malgré mon sevrage féminin depuis quatre mois. J'étais totalement incapable d'aller plus loin, l'envie de vomir me prit, je toussais deux fois pour me retenir et tournais les talons devant les deux filles médusées et je murmurais.
- Euh! Non merci! Une autre fois peut-être, au revoir!
Quand je passais devant la "sorcière" en sortant sans demander mon reste, elle me fusilla du regard et se mit à gueuler.
- Alors t'y veux pas mon gars, toi t'y a les moyens , t'y veux de la belle pépée! ici il n'y en à pas! nadine bébek, foute le camp, allez un autre! Toi là-bas avance.
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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 21:41

Nous étions arrivés devant " l'établissement", il était constitué d'un genre de hall d'entrée  en planches , qui avait dût être rajouté à un bâtiment en dur couvert de tôles ondulées. J'étais toujours derrière mon copain qui tendait un billet de cinq cent francs à une  femme horrible et sans âge qui tenait la caisse. Elle était assise derrière une petite table bancale qui lui servait de comptoir et Albert lui demanda.
- Mon copain n'a pas l'habitude, il voudrait voir les filles avant .
La " maquerelle" n'avait pas l'air de comprendre, ou faisait semblant, mais elle répondit en gesticulant.
- Toi t'y connais bien, alors pourquoi voir?  Allez d'accord mais fissa!
Je passais devant la sorcière, je trouvais qu'elle sentais pas bon, malgré un maquillage digne d'un clown, et ses cheveux gominés genre squaw apache des westerns américains. Son décolleté, malgré le froid, descendait jusqu'au nombril donnant un aperçu de sa poitrine qui ressemblait davantage à des oreilles de cocker qu'à des nichons, entre lesquels dégoulinait un pendentif de quatre sous. Par dessus tout cela pendouillait un sautoir qui faisait un bruit de ferraille quand elle gesticulait et remuait le haut du corps. J'avançais de deux ou trois pas en tirant sur un rideau sans couleur, mal accroché à une tringle pliant sous le poids ainsi qu'au gré des manipulations de chaque "visiteur". Devant moi se trouvait un large couloir avec, sur la droite, un canapé aux sièges et dossier râpés et deux chaises sur lesquelles deux" filles "étaient assises. Sur la gauche et au fond six box dont quatre étaient fermés d'un rideau rouge sur lesquels on voyait la trame par endroits. J'étais figé devant les deux "nénettes " en même temps que j'entendais bien, sans le vouloir ce qui se passait derrière l'un des rideaux le plus proche de moi.

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 21:03

- Tiens pour te changer les idées, comme c'est dimanche, cet après midi on ira boire un coup en ville et après on passera au bordel voir s'il y a quelques nouvelles recrues, Putain! Moi il faut que je baise sinon ça ne va pas, t'a bien cinq cent francs.
- Oui! Oui! J'ai bien cinq cent balles, mais tu sais le boxon c'est pas trop mon truc! Enfin j'irais avec toi mais je ne garantis pas que je consomme .
Il se mit à rire, et son air dédaigneux me confirma ce que je pensais, il dit goguenard;
- C'est vrai qu'elles sont pas terribles les gonzesses là-dedans, mais il y en une ou deux qui vont bien quand même.
Vers deux heures de l'après midi nous voilà partis, Albert était pressé, moi beaucoup moins. J'essayais de retarder l'heure de vérité mais on approchait du lieux de supplice, et je lui dis.
- On va boire un coup, il est où ton bistrot.
- Non! Non! On arrive, je te paye un coup après. Merde il y a déjà la queue!
En effet une douzaine  de soldats de toutes sortes et quelques civils étaient là à la queue leu leu, plusieurs d'entre eux avaient leur arme en bandoulière et discutaient en rigolant tout en tapant du pied pour se réchauffer. Je pris place derrière Albert, la queue diminua rapidement et je ne pus m'empêcher de dire en riant.
- Çà va vite dis donc! ils font ça comme les lapins les mecs!
- Tu parles! C'est l'usine là-dedans, mais il doit y en avoir une deux de plus, ç& dégage pas si vite d'habitude.


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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 22:07

- Moi je suis mécano ici, pas dans le civil, mais quand je suis arrivé ici, il en avaient besoin d'un j'ai levé le bras et voilà. J'avais bricolé un peu sur la vieille jeep que mon père avait acheté au surplus Américain de Chateauroux, vers la fin des années quarante. Je pensais naïvement que beaucoup de moteurs se ressemblaient, ce qui est loin d'être vrai mais j'ai vite appris ici qu'il faut savoir se démerder. Le matériel c'est pas du neuf, loin s'en faut. Le premier escadron est composé de cinq ou six vieux chars américains , autant d'EBR plus une trentaine de véhicules de toutes sortes, Mais il faut compter qu'il y a toujours un engin sur lequel on récupère des pièces, pour réparer ceux qui tombent en panne. Pour les Gmc et command'car c'est pareil même s'il y a des pièces on les attends souvent plusieurs mois.
Albert était intarissable, et complètement désabusé, il continua de plus belle.
A la division il y a quelques hélicos, "Alouette", mais tu parles ils servent souvent aux gros képis, pas toujours pour le service. Quel bordel! bref! Laisse tomber parce que ça m'énerve! J'attends la quille avec impatience, je continue de faire mon boulot, car je veux rester au matériel , j'ai pas envie d'être obligé de faire du rab.. pour récupérer les jours de taule, pas plus que d'aller crapahuter dans le djebel. Pour ce qui te concerne toi, si tu vas au 3° escadron, le capitaine  n'est pas spécialement un rigolo, à ce qu'on en dit. Je sais plus comment il s'appelle, mais je cfois que c'est un "sang bleu" comme on dit, ou un bourgeois de la haute. Mais d'après son chauffeur que je connais , car je l'ai dépanné un jour, si tu fais ton boulot et que tu ne fais pas de conneries, et en plus si tu ne va pas en opérations, je ne crois pas qu'il te sera fait de misères.
J'avais compris tout cela, mais comme je baissais le tête et que j'étais un peu abattu il me dit. 

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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 21:32

J'avais travaillé à Limoges, je connaissais bien cette ville, et lui habitait non loin de l'hotel où j'avais été pensionnaire en 1955 et début 1956 avenue G.Dumas. Nous fraternisâmes rapidement et il m'apprit quelques combines de fonctionnement  du régiment avec ses escadrons et pelotons éparpillés dans la région d'Aumale, où chaque jour des gars du contingent risquaient leur vie, avec souvent des équipements archaïques , datant d'entre les deux guerres, avec, pour beaucoup d'entre eux des chevaux ( certes bien entretenus et bien soigné) comme "matériel". Pendant ce temps nos élus, à Paris, se déchiraient sur des problèmes mineurs, renversant un gouvernement tous les six mois, pendant que le président de la République se contentait d'inaugurer les "chrysanthèmes"
Je m'aperçus rapidement que mon nouveau copain, Albert, n'était pas loin de penser comme moi, et que mis à part quelques régiments d'élite, comme les paras, la légion ou les commandos qui enrôlaient pas mal de tête brûlées,  dont faire la guerre était leur métier, Je n'ai pas rencontré beaucoup d'appelés disposés à aller se faire étriper pour une cause perdue d'avance. Comme disait Albert:
- C'est nous qui sommes chez eux, ils veulent nous virer, et ils y arriveront, ils y mettront le temps, mais je suis certain qu'ils gagneront la partie. Il ne faudrait pas que je parle trop fort car si un gradé m'entendait je pourrais avoir des ennuis.
On sentait bien qu'Albert, qui était ici depuis un an, ne se faisait plus d'illusion quant à l'issue de ce conflit, il continua 

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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 21:26
c'était moi il y 50 ans
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