...... Bref le trois mars 1958, je faisais partie d'un convoi de cinq camions GMC, escortés par un EBR, et une jeep à l'avant et d'un deuxieme EBR, d'une autre Jeep et d'un command'car a l'arrière. Cela faisait, pour la protection d'environ cent cinquante hommes (non armés), une vingtaine de soldats, certes bien équipés mais pas trés motivés et décontractés. Je me disais que l'inconscience de nos gradés frisait encore une fois l'incompétence. En effet lors de la traversée des gorges de Palestro ( où il y avait eu déjà plusieurs embuscades meurtrières) il était facile pour un groupe un peu organisé de massacrer une grande partie du convoi. Mais nos généraux disaient que le secteur était néttoyé et qu'il n'y avait plus de risques, pourtant trois mois plus tard un convoi, lui bien armé y laissa 17 morts et une trentaine de blessés.
Cet endroit dés que l'on s'en approchait donnait le frisson. La route étroite, à plusieurs endroits taillée dans le rocher, surplombait un oued presque à sec à cette époque de l'année. Au fur et à mesure que l'on avançait la vallée se resserrait, les falaises de roches grisâtres s'élevaient à plus de quarante mêtres, presque à pic, s'évasant ensuite sur un genre de maquis clairsemé d'arbousiers et de petits chênes verts. De l'autre côté, le lit étroit de l'oued, à une quinzaine de mètres plus bas longeait la route sans aucune protection, les rochers de plusieurs tonnes qui étaient éboulés dans le bas ralentissaient le maigre courant d'eau , créant de part et d'autre quelques mini mares, et aussi de petites chutes d'eau bouillonante.