Ecriture des " Mémoires d'un spahi" Actualités, peepole, humour, liberté, photos liberté
DIRECTION SUD
Le plateau blanc
Un grand jour que ce mardi 2 mars 1958. Je faisais partie d'un convoi de cinq camions GMC , escortés à l'avant par un EBR, et une Jeep, un deuxième EBR et un command-car à l'arrière. Ce qui faisait en gros une quinzaine d'hommes armés, visiblement pas très motivés, pour la protection d'environ cent cinquante soldats sans armes et inexpérimentés. Ce simple fait dénote l'inconscience de nos gradés responsables. En effet, lors de la traversée des gorges de Palestro ( où il y avait eu déjà plusieurs embuscades meurtrières) il me parut facile pour un commando organisé de massacrer une grand partie du convoi. Mais nos généraux , le cul dans leur fauteuil à Alger, disaient que le secteur était nettoyé et surveillé et qu'il n'y avait plus aucun risque . Pourtant quelques mois plus tard, un convoi lui bien organisé et bien armé y laissa dix sept morts et une trentaine de blessés.
Cet endroit dés que l'on s'en approchait donnait le frisson. La route étroite taillée dans le rocher la plupart du temps, surplombait un oued presque à sec à cette époque de l'année. Au fur et à mesure que l'on avançait, la vallée se resserrait, les falaises de roches grises s'élevaient à plus de quarante mètres presque à pic, s'évasant ensuite sur un genre de maquis d'arbousiers, de petits chênes verts et d'épineux de toutes sorte. Sur le coté gauche , le lit étroit de l'oued à dix mètres plus bas longeait souvent la route sans aucune protection, des rochers de plusieurs tonnes qui s'étaient éboulés dans le fond ralentissaient le faible courant , créant des mini mares d'eau stagnante. La voie étroite gravissait cette vallée inhospitalière sur une pente prononcée et de nombreux virages ralentissaient le convoi , d'où la facilité pour les fellagas de fomenter des embuscades faciles . Malgré la lenteur des véhicules la bourgade de Palestro fut atteinte assez rapidement sans incident.
Dés l'entrée dans cet important village on sentait bien qu'on avait changé de monde . Ici c'était la guerre, enfin une partie de ce que j'en imaginais. Le village inséré dans une large vallée entourée de montagnes n'incitait pas à s'y arrêter. Dés l'entrée la route avait été élargie et deux guérites de garde avaient été installées , des murs de sacs de sable de la hauteur d'un homme les cernaient , derrière lesquels se tenait un soldat armé jusqu'aux dents . Sur la partie libre de la voie des chevaux de frise, amovibles et blindés de barbelés, furent ouverts à notre arrivées et refermés soigneusement après notre passage . La bourgade pas très importante fut traversée rapidement et le même dispositif de garde fut emprunté à la sortie.