Ecriture des " Mémoires d'un spahi" Actualités, peepole, humour, liberté, photos liberté
Et une demi heure plus tard, le cheval harnaché, sellé, parfaitement astiqué, attendait devant le portail du jardin. Sa badine sous le bras, le capitaine montait sur sa selle à l'aide de Boutarfa et partait seul dans la plaine généralement pour une heure.
C'est durant cette période qu'une série de faits auraient pu être graves pour la France. Ce sont les émeutes appelées les "événements " de mai et juin 1958 à Alger. Les informations sur ce sujet nous étaient distillées avec parcimonie, mais néanmoins dés le troisième jours on apprit que de violentes manifestations ainsi que des émeutes avaient eu lieu à Alger et dans d'autres grandes villes comme Oran, Constantine etc... Ces évènements avaient failli tourner à la guerre civile. Au bureau plusieurs notes confidentielles étaient arrivées dont une que j'eus le temps de parcourir en l'absence du capitaine qui était presque tous les jours au PC du régiment. Cette note émanait du commandement de la dixième région militaire et demandait en gros aux "unités" de se tenir prêtes pour "accompagner " nos généraux pour une reprise en main de l'armée en Algérie afin de liquider la rébellion, et les éléments subversifs sur tout le territoire Algérien.
La radio d'Alger qui était aux mains des insurgés avait annoncé que plus de cinq cent mille manifestants parcouraient les rues en scandant "Algérie française"! Le journal l' "'Echo d'Alger " que Durand avait ramené disait à peu prés la même chose, mais de nombreux articles étaient censurés ce qui laissait plusieurs carrés blancs à chaque page.
Quelques jours après De Gaulle prenait le pouvoir à Paris, on disait qu'il allait venir à Alger et que la quatrième république avait vécu.
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Nous étions un peu inquiets, mais pas plus que ça. Après quelques jours d'indécision le capitaine réunit solennellement tout l'escadron sous les couleurs pour nous lire un bref, mais trés clair ordre du jour du colonel commandant le 5° régiment de Spahis algériens, qui prônait en substance notre attachement à la République, que les éléments responsables de ces évènements allaient rentrer dans le rang et que le Général De Gaulle etc.... etc...
Tout cela ne changea rien pour nous , et quelques jours plus tard De Gaulle avait été nommé président du conseil avec les pleins pouvoirs, ou presque, à partir du 1er Juin. Sa venue à Alger le 4 juin souleva l'enthousiasme général dans toutes les grandes villes . A Alger son " Je vous ai compris " et " vive l'Algérie Française " calma pour un temps les exaltés du 13 mai et la vie repris son cours au cantonnement ainsi que dans toute l'Algérie . Comme chacun sait cet épisode se termina pour un temps en septembre 1958 par le référendum pour l'approbation par oui ou non de la constitution de la 5° République. Je venais d'avoir 21 ans et j'allais voter pour la première fois de ma vie de citoyen. Pour la petite histoire, c'est le bureau du capitaine qui servit de bureau de vote pour donner un peu de solennité à l'évènement. L'urne se trouvait être le képi du capitaine, sans isoloir avec seulement un paquet de bulletins "oui" et pas de "non" ( une vraie pantalonnade)
Le scrutin avait lieu dans tout le pays, l'armée était chargée de transporter les "électeurs " depuis les douars éloignés, jusqu'à de vrais bureaux de vote aménagés pour la circonstance , dans les mairies, les écoles, les casernes et autres lieux publics super protégés par des unités blindées et l'infanterie.
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L'encadrement des votants était assuré par par des engagés ou appelés originaires d'Algérie, parlant arabe, il devaient expliquer aux électeurs ce qu'ils devaient faire, car pour la plupart c'était la première fois qu'il votaient . Une propagande infernale avait précédé le jour du scrutin avec force d'affiches , de tracts et prospectus demandant de voter oui, sans aucune opposition pouvant prôner le non. Je n'eus pas le plaisir de voir un bureau de vote, mais au dires de certains, les assesseurs étaient triés sur le volet, et au dépouillement, dans certaines urnes on trouva plus de bulletins "oui" que de votants inscrits sur les listes. De ce fait le oui fit pratiquement l'unanimité en Algérie, mais il vrai qu'en métropole les résultats étaient de quatre vingt pour cent de oui. Je n'avais, jusque là,été que peu attiré par la politique, mais après cela je fus définitivement convaincu de laisser faire la politique à ceux dont c'était le métier.
Dés le mois de septembre il m'échut un nouveau travail qui occupait mes matinées deux fois par semaines. Les civils n'avaient plus le droit de se déplacer en dehors du secteur de Dupérré, pour aller plus loin ils devaient venir chercher un laisser passer avec leur carte d'identité et leur livret de famille. Je fus chargé de m'occuper de cela. Le capitaine me remis une liste de suspects et Zouaoui me servait d'interprète. Je remplissait un document en double à la machine qui comportait tout le "pedigree" du demandeur, et aussi le lieu précis où il souhaitait aller. En période normale c'était vite fait, et puis je voyais du monde, j'apprenais quelques mots en arabe ce qui me permit, aprés plusieurs mois de me débrouiller seul, car c'était les mêmes questions qui revenaient.