Ecriture des " Mémoires d'un spahi" Actualités, peepole, humour, liberté, photos liberté
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Je me souviens, nous étions au mois de mai de l'année 1968, j'habitais à Creil et des mouvements sociaux faisaient jour ici et là avec une forte tendance à l'amplification.
On parlait de raréfaction de l'essence aux pompes, voire de fermeture définitive des stations-service.
Comme le jeune gamin que j'étais, qui venait d'avoir son permis de conduire et sa première voiture (une Simca Plein Ciel d'occasion, pour les amateurs de vieilles voitures), je me mis en quête de faire le plein de mon véhicule avant de me trouver devant le fait accompli, et devoir l'abandonner pour panne sèche.
C'est devant l'imposant complexe USINOR que je pris conscience et compris la gravité de la situation. Les ouvriers réunis en groupe poursuivaient leurs manifestations qui allaient grossir pour former les événements que nous n'allions pas tarder à connaître.
Ce qui me marqua le plus fut de voir les portes de l'usine soudées au chalumeau; le décor était planté dans toute sa dureté et la perspective de durée du mouvement entamé. Je pensais à Zola et me projetais un siècle en arrière, qu'est-ce qui avait fondamentalement changé?
Ce théâtre dont je fus le témoin se généralisa et pour notre génération ce fut ce qui est maintenant entré dans l'Histoire sous le nom de Mai 68.
Pourquoi relater ces événements qui figurent dans les manuels comme une période grave traversée par notre pays, période chargée d'espérance et de changement, période "charnière" selon certains historiens!
Simplement parce que quelques "ingrédients" me paraissent refaire surface: sur fond de crise, nous voyons des grèves à répétition, des mécontentements et revendications de la société, un élargissement du fossé social séparant la France d'en haut de celle d'en bas (définition beaucoup plus récente que 1968...), des mouvements estudiantins répétitifs et durables avec fermeture de certaines universités.
Je ne sais pas, mais il me semble avoir vécu cela, c'est comme une impression de déjà vu...