Ecriture des " Mémoires d'un spahi" Actualités, peepole, humour, liberté, photos liberté
Le train de jour et Nostalgie.
Depuis Airvault la Micheline venant de Thouars, roulait vers Niort cahotant quelque peu, a petite vitesse, elle s'arrêtait souvent, Airvault gare, Saint loup, Gourgé, La Peyrate. Je restais pratiquement seul jusqu'à Parthenay, si ce n'est un couple de gens un peu agés, dont l'homme avait un bras dans le plâtre et avant la ville quelques écoliers adolescents chahutèrent un peu au fond de la voiture. A Parthenay l'Autorail se remplit un peu en direction de Niort
En regardant défiler le paysage de la gâtine sans intérét pour moi, qui avait les idées ailleurs, je me mis à penser à ces trois années passées où j'avais mûri aussi bien physiquement que moralement.
C'est vrai qu'en Juillet 1954, aprés trois années au collège technique de Tulle, j'étais encore un peu "vert" comme on dit ( j'avais à peine dix sept ans ) et en quittant cet établissement le directeur m'avait félicité pour ma mention bien et me dit mi-sérieux.
- Allez Jean-Georges! au revoir, et tâche de te mettre un peu de plomb dans la tête. J'en avais besoin, car je m'aperçus rapidement qu'il n'était pas facile de se faire une "place au soleil" avec un CAP de maçon.
Avec mon copain André qui, comme moi voulait rouler un peu sa bosse, nous avions postulé à une offre d'emploi parue dans les annonces du"Populaire du Centre" un quotidien du Limousin. J'avais fait la lettre et nous avions reçu une réponse favorable. Notre futur patron, une petite entreprise de Linard en Haute Vienne, sans autre avis qu'une lettre de confirmation réciproque, nous accepta comme petits compagnons. Les conditions étaient les suivantes: travail six jours par semaine, neuf heures par jour, non compris le temps de trajet pour aller au chantier, nourris, logés sept jours sur sept et 700 anciens francs par jour* . Ma première paye eut du mal à me payer un pantalon propre et une chemise, autant dire une misère pour plus de soixante heures par semaine. Nous ne pensions en tous cas pas trouver mieux, notre seul souci était de continuer d'apprendre notre métier, car comme disait notre patron, qui n'était pas un tendre et aussi se servait de cet argument pour éviter que nous ayons à lui demander de l'augmentation.
- Je me demande bien ce qu'ils vous apprennent dans ces écoles d'apprentissage , dire qu'on cotise pour cela quel malheur! pauvre France! etc...
* 700 francs 1954= 7 nouveaux francs = environ 4 euros 60
soit en gros 120 euro par mois!!